Le 16 août, mémoire du Saint Prince-Martyr CONSTANTIN BRANCOVEANU, de ses fils: CONSTANTIN, ETIENNE, RADU et MATTHIEU, et de son conseiller IANACHE VACARESCU1

Né en 1654, Saint Constantin fut élevé par son oncle Constantin Cantacuzène et reçut une éducation raffinée. Le 29 octobre 1688, il fut élu, par l'assemblée des boïars, voévode de Valachie qu'il gouverna pendant vingtcinq ans, avec douceur et patience, se comportant en toute chose dans l'esprit de l'Evangile. Et, grâce à un habile jeu d'alliances diplomatiques, il réussit, malgré les pressions exercées par les Turcs, à élever son pays au rang des grandes puissances. Il fonda de nombreuses Eglises et Monastères en Valachie et répandit ses munificences sur le reste du monde orthodoxe, notamment le Mont Athos. Agé de soixante ans, il fut arrêté le Grand Jeudi 1714, à Bucarest, sur ordre du sultan Ahmed III, qui était avide de s'emparer de ses richesses ; mais, à leur grand dépit, les hommes du sultan ne trouvèrent dans le palais qu'un peu d'argent. En disant adieu à ses proches, après avoir désigné son successeur, le prince Constantin déclara: « Si cette épreuve vient de Dieu à cause de mes péchés, que Sa volonté soit faite. Mais s'il s'agit d'un effet de la méchanceté des hommes qui veulent ma perte, que Dieu pardonne à mes ennemis... ». Amené à Constantinople avec toute sa famille et son fidèle conseiller et trésorier, lanache Vacarescu, ils endurèrent toutes sortes de tortures et de mauvais traitements pendant quatre mois. Après avoir soumis le prince au supplice de la roue, on lui appliqua une couronne incandescente sur la tête, puis on lui enfonça des clous dans les mains et les pieds. Le juge proposa aux détenus d'avoir la vie sauve à la condition de se convertir à l'Islam, mais Constantin et ses enfants restèrent inébranlables dans leur confession de la vraie foi, et déclarèrent qu'ils étaient prêts à la mort. Condamnés à la peine capitale le jour de la Dormition, on les sortit de prison pour les conduire, pieds nus et vêtus d'une seule chemise, comme les derniers des malfaiteurs, au lieu de l'exécution près du palais du Saraï, où se tenaient le sultan, son vizir et les ambassadeurs des grandes puissances européennes. Devant le cortège marchait le plus jeune fils du prince, Matthieu, âgé de douze ans. Les condamnés ayant été agenouillés en rang, le prince Constantin leur déclara: « Mes enfants, ayez courage! Nous avons tout perdu en ce monde. Sauvons au moins nos âmes, en lavant nos péchés dans notre sang... Voyez tout ce que le Christ a subi pour nous. Que votre foi glorieuse ne soit pas ébranlée en cette heure... » Les têtes des trois fils aînés et du conseiller du prince étant tombées, quand vint le tour de Matthieu, l'enfant prit peur et promit de devenir musulman. Son père réveilla aussitôt son courage en ces termes : « Il est préférable de mourir mille fois, plutôt que de trahir notre foi que personne ne pourra nous ravir ». L'enfant se raffermit alors et offrit doucement sa tête au glaive du bourreau, en disant: « Je veux mourir Chrétien. Frappe! »

Les corps des six Martyrs furent jetés dans les eaux du Bosphore, tandis que leurs têtes étaient accrochées à des piques à l'entrée du Saraï. Après trois jours, elles furent jetées à la mer, mais, sur ordre du Patriarche, des Chrétiens les récupérèrent et les déposèrent dans l'île de Halki. L'épouse du Prince-Martyr, Marika, et les autres membres de la famille, qui étaient restés en prison, échappèrent à la mort grâce à une énorme rançon versée par des Chrétiens. Rentrée dans son pays après bien des péripéties, la princesse réussit à faire transférer à Bucarest les précieuses Reliques de son époux et de ses enfants en 1720. Elles furent déposées dans l'église Saint-Georges-le-Nouveau, que le prince avait fondée.

1. Le culte de ces Saints Martyrs, depuis longtemps vénérés par le peuple, a été officiellement reconnu en 1992.