Le 15 janvier, mémoire de notre vénérable Père JEAN le CALYBITE1

Sts Paul et St JeanSaint Jean le Pauvre pour le Christ naquit à Constantinople sous le règne de Léon ler (457-474). Fils d'un riche et puissant sénateur, Eutrope, il reçut une éducation des plus soignées auprès de maîtres réputés, et montra dès son enfance une extraordinaire piété. Alors qu'il n'avait encore que douze ans, il rencontra un jour un moine du monastère des Acémètes2, qui se préparait à partir en pèlerinage à Jérusalem, et il le pressa de questions sur le mode de vie des moines, sur leurs pratiques ascétiques, sur leurs hymnes perpétuelles et leur prière dégagée de tout souci. Transporté de joie en entendant la description de cette vie angélique menée par des êtres mortels, il fit promettre au moine de venir le prendre à son retour. Sous prétexte de suivre les leçons de lecture de son maître d'école, il obtint de ses parents un beau manuscrit de l'Evangile, luxueusement relié, et rehaussé de dorures et de perles. Il le portait sans cesse avec lui comme le plus précieux de ses biens, et, lorsque l'ancien revint de Jérusalem, il s'enfuit en secret de la maison paternelle, en n'emportant avec lui rien d'autre que ce livre.

Une fois parvenu au Monastère des Acémètes Jean émut l'Higoumène par sa ferveur et ses larmes, et réussit à le convaincre de le tonsurer et de le revêtir de l'habit monastique le jour même, malgré son jeune âge, sans le soumettre à la période ordinaire de noviciat. Dès lors, il montra un zèle admirable dans les combats de l'ascèse et dépassa bientôt en toutes les vertus les moines les plus éprouvés. Pendant trois ans, il ne mangea que le dimanche, après avoir communié, et devint si maigre que personne ne pouvait reconnaître sous ses traits le jeune et délicat aristocrate. Le démon, jaloux de tels progrès, déclencha alors contre lui une guerre acharnée, en présentant sans relâche à sa pensée le souvenir de ses parents et en incitant son coeur juvénile à leur rendre visite. Les confessions répétées, l'accroissement des jeûnes et les larmes abondantes ne parvenaient pas à le délivrer de cette pensée funeste. Finalement, il obtint de son supérieur la permission de retourner vers la maison familiale, non pour se soumettre, vaincu, à la tentation, mais pour mener de front le combat contre le diable, grâce à la puissance du Christ et à la prière des saints Pères. A la sortie du monastère, il échangea ses vêtements contre les haillons d'un mendiant et, après plusieurs jours de marche, il arriva de nuit, harassé, à la porte du palais familial, méconnaissable sous ses frusques après tant de combats ascétiques. Les serviteurs le recueillirent et le prirent en pitié, mais comme il leur avait été interdit de recevoir des mendiants, ils obtinrent du maître de maison la permission de l'installer non loin de l'entrée, dans une pauvre cabane (calyve), pour le protéger des rigueurs du climat. Un jour, comme la mère de Jean, toujours affligée de la perte de son fils bien-aimé, sortait pour se rendre à l'église, elle aperçut avec répulsion ce mendiant, hideux et défiguré, assis à la porte de sa cellule, et elle donna l'ordre qu'il se tienne désormais enfermé à l'intérieur, s'il ne voulait pas être chassé.

Pendant trois ans Saint Jean vécut ainsi en reclus, objet du mépris de ses parents, de la risée et des mauvais traitements des serviteurs et des passants. Non content de ces afflictions involontaires, il ajoutait l'offrande volontaire à Dieu de ses jeûnes et de ses prières ininterrompues. Une nuit, le Christ lui apparut et lui dit: «Réjouis-toi, Jean, car tu as vaincu le diable par ta patience et tu as déjoué toutes ses ruses. Le temps de ta fin approche, dans trois jours les Anges viendront te prendre et t'emmèneront vers moi».

Jean fit alors demander à la maîtresse de maison si elle voulait bien condescendre à venir le visiter avant sa mort. D'abord surprise de cette demande, sa mère vint donc jusqu'à sa cabane. Le pauvre, qu'elle avait depuis si longtemps méprisé, la remercia chaleureusement pour son hospitalité, lui demanda la faveur d'être enterré dans la cabane même, avec ses vêtements, et lui offrit en présent l'évangile d'or qu'il avait reçu d'elle, dix ans auparavant. Le coeur de la mère sursauta à la vue du manuscrit. Elle courut le montrer à son époux, puis ils vinrent tous les deux supplier le mendiant de leur révéler d'où il tenait cet objet si précieux. Le visage baigné de larmes, le Saint leur dit: «Je suis Jean, votre fils, et c'est par amour pour le Christ que j'ai pris ce livre que vous m'avez donné, comme un joug doux et léger, et que j'ai décidé de vivre comme un étranger».

Les deux parents, mêlant la joie des retrouvailles à la douleur de son départ de cette terre, tenaient leur fils dans leurs bras pendant qu'il leur racontait toutes les péripéties de sa vie, et, quand il remit son âme à Dieu, ils lavèrent son corps de leurs larmes.

Toute la ville de Constantinople s'émut en apprenant l'histoire héroïque de Saint Jean, et compatit à la douleur de ses parents. On vint en foule aux funérailles de ce Martyr volontaire dans sa misérable cabane, sur l'emplacement de laquelle on construisit plus tard une église où la Grâce de Dieu, par les prières de Saint Jean le Pauvre, accomplit quantité de Miracles.

1. Voir l'histoire analogue de Saint Alexis l'Homme-de-Dieu.
2. Voir la notice de St Marcel l'Acémète, le 29 décembre.