Le 7 novembre, mémoire de notre Saint Père LAZARE le Thaumaturge, qui pratiqua l'ascèse sur le Mont Galèse, mort dans la paix

Notre Saint Père Lazare naquit en 968 dans un village voisin de Magnésie du Méandre. Au moment de sa naissance, une lumière aveuglante remplit soudain la maison et mit en fuite les femmes qui s'y trouvaient. Lorsqu'elles revinrent, elles trouvèrent le nourrisson en position de prière, les mains croisées sur la poitrine et le visage tourné vers l'Orient. Al'âge de six ans, ses parents le confièrent à un Prêtre nommé Léonce, pour qu'il soit initié aux rudiments des Saintes Lettres. Trois ans plus tard, il fut envoyé à Orobos, chez le notaire Georges, pour poursuivre son éducation, et après trois nouvelles années, son oncle Elie, moine du Monastère des Calathoi, le prit avec lui pour le perfectionner dans les sciences ecclésiastiques. Pendant ces années de formation, Léon (c'était le nom qu'il avait reçu au Saint Baptême) se fit remarquer par sa douceur, son humilité, son application à l'étude et, plus encore, par son zèle pour la prière et pour les Offices Divins. La compassion et l'amour des pauvres qu'avait le jeune garçon étaient tels, qu'il dépensait toutes les ressources de ses pédagogues en aumônes. C'est ce qui lui valut d'ailleurs d'être souvent battu pour sa prodigalité. Le coeur enflammé d'un ardent désir de visiter les lieux sanctifiés par la Passion du Christ, il s'enfuit du monastère. Mais son oncle le fit ramener et, après l'avoir retenu deux ans, l'envoya au Monastère du Stroubilion, auprès d'un notaire chargé de le perfectionner dans les sciences juridiques. Mais ce fut Léon qui devint bientôt son maître dans la Science des Saints et dans l'Art des arts. Après trois ans, il fit une nouvelle tentative pour se rendre aux Lieux Saints. On parvint encore à le rejoindre et à le ramener. Mais, dix mois plus tard, après avoir reçu la bénédiction d'un stylite retiré dans les environs, Léon put enfin réaliser son projet. Or sur le chemin, il rencontra un Saint Ascète qui le dissuada de s'exposer aux dangers d'un tel pélerinage et le convainquit de se retirer dans un monastère des environs d'Attalia. C'est là qu'il reçut le saint habit angélique et prit le nom de Lazare. Il s'adonna avec ardeur à toutes les pratiques de l'ascèse. Il aimait le jeûne et s'y soumettait avec la même avidité que les gloutons mettent à se jeter sur la nourriture. Par la veille, il affinait sa chair et rendait son âme apte à s'envoler vers les hauteurs de la contemplation. Son renoncement à sa volonté propre et son obéissance envers son Higoumène et Père spirituel étaient tels qu'il devint un modèle pour les autres moines dans cette vertu fondamentale. Or, quelque temps plus tard, son Père spirituel mourut, et Lazare obtint du nouvel Higoumène l'autorisation de se retirer dans une grotte située à proximité, afin d'y converser seul à seul avec Dieu. Il y resta sept ans à lutter héroïquement contre les innombrables tentations des démons, puis se rendit enfin à Jérusalem. Après avoir vénéré la basilique de la Résurrection et les autres Lieux Saints, il se rendit au Monastère de Saint-Sabas, où on l'accueillit parmi les moines. Mais son amour de la solitude et son zèle pour l'ascèse ne tardèrent pas à créer des difficultés dans la communauté. Après avoir vainement essayé de le modérer, l'Higoumène finit par le renvoyer. Lazare se rendit alors au Monastère de Saint-Euthyme, mais n'y resta que peu de temps. Il en partit pour retourner à Saint-Sabas, où il fut reçut avec joie par les frères. Il y resta alors six ans dans la charge de sacristain et fut, contre son gré, ordonné Prêtre par le Patriarche de Jérusalem. Conformément à l'ancienne tradition des moines de Palestine, depuis le début du Grand Carême jusqu'au dimanche des Palmes, Lazare avait coutume de se retirer dans le désert aride et brûlant sans rien emporter avec lui. Se laissant guider par la Providence de Dieu, il se nourrissait alors de quelques herbes qu'il pouvait trouver ça et là et ne buvait de l'eau qu'en infime quantité. Mais, les Sarrasins s'étant emparés de la ville de Jérusalem et de ses environs, le Saint, confirmé par une révélation divine, fut contraint de reprendre le chemin de sa patrie avec quelques compagnons.

De retour à Ephèse, il se joignit à deux moines qui pratiquaient l'ascèse, non loin de la ville, près d'une chapelle dédiée à Sainte Marine. Lazare se fit construire là une colonne couverte d'un toit, et y monta pour se livrer avec une rigueur croissante à ses austérités. Quelque temps après, il fit même enlever le toit, afin d'imiter plus parfaitement le genre de vie de Saint Syméon Stylite (ler Sept.). Il demeurait ainsi sur sa plateforme en tout temps, exposé aux intempéries et offert par Dieu en spectacle au monde, aux Anges et aux hommes, selon la parole de l'Apôtre (cf. I Cor. 4:9). Sa renommée se répandit rapidement dans la région. On venait en grand nombre et de partout, non seulement pour recevoir sa bénédiction ou entendre ses instructions spirituelles, mais les pauvres accouraient aussi pour recevoir la nourriture que le Saint distribuait sans compter. Sa générosité était si grande que ses deux compagnons craignaient pour leur propre subsistance et décidèrent de se séparer de lui. Mais d'autres disciples désiraient se ranger sous la direction de Lazare, aussi construisit-on quelques cellules au pied de la colonne et fit-on agrandir la chapelle, devenue trop petite. Le Saint demeura sept ans sur cette colonne. Il ne dormait que quelques instants chaque jour, se contentait d'un peu de pain d'orge et de quelques gorgées d'eau. Il entreprit même des pratiques réprouvées par d'autres Saints Pères et se chargea de lourdes chaînes de fer. Toutefois, il ne pouvait trouver là la quiétude qu'il désirait. Aussi, une nuit, à l'insu de tous, il descendit de, sa colonne et partit trouver refuge dans une grotte, précédemment sanctifiée par le moine Paphnuce, située sur les flancs escarpés et difficilement accessibles du mont Galèse. Il n'y resta toutefois que six mois, car le Métropolite d'Ephèse lui donna l'ordre de retourner à Sainte-Marine, pour prendre soin de ses disciples. Un peu plus tard, il revint vers la caverne, en compagnie de cinq autres moines. Il demeurait seul dans la grotte, où chaque semaine les frères venaient lui apporter une cruche d'eau et quelques légumes. Il n'en sortit que pour monter sur une nouvelle colonne qu'il avait faite édifié là. Il vivait dans un complet dénuement. Un jour qu'il avait renversé sa cruche, il ne descendit pas pour autant de sa colonne et faillit mourir de soif. Peu à peu les disciples affluèrent là aussi. On construisit des cellules et une église dédiée au Sauveur. Douze ans plus tard, Lazare se fit construire une nouvelle cellule dans une partie plus élevée du ravin. Et quand le nouvel habitacle fut prêt à le recevoir, comme précédemment, il quitta les lieux de nuit, à l'insu de tous. Dans cette nouvelle retraite, le Saint eut beaucoup à souffrir des assauts des démons qui, impuissants à lui faire accueillir leur impures suggestions, lui jetaient des pierres. Il entendit alors parler d'une femme qui vivait sur une colonne, enfermée dans un réduit, et qui par une ouverture laissait pendre ses pieds au-dehors. Dans son désir de participer encore plus complètement à la Passion du Christ, le Saint voulut l'imiter, mais sur les sages conseils de ses disciples et de sa mère, il renonça finalement à cette mortification excessive et peu favorable à l'édification de l'homme intérieur. Cette colonne était dédiée à la Sainte Mère de Dieu. On fit construire à côté une petite église, où de temps à autre un Prêtre venait célébrer les Saints Mystères. Insatiable dans sa soif de solitude, Lazare quitta encore sa retraite et s'installa définitivement sur une troisième colonne, qui, devint comme les précédentes, le centre d'un groupement monastique et prit le nom de la Sainte- Résurrection. A la mort de Saint Lazare, cet établissement comptait quarante moines, alors que les deux autres n'avaient que douze moines chacun. Le Saint restait seul avec Dieu, perché entre le ciel et la terre, mais il savait aussi prendre soin de ses disciples dans les moindres détails de leur vie. Sa colonne était adossée à l'église et communiquait par une petite fenêtre, d'où le Saint pouvait surveiller la vigilance de ses moines pendant la psalmodie et communiquer à ses visiteurs ses paroles de salut.

Saint Lazare fut gratifié par Dieu du don de clairvoyance et de prophétie. Il prédit à l'avance la date de sa mort; mais sur les instances de ses disciples qui le suppliaient de rester encore quelque temps en vie pour leur salut, il pria la Mère de Dieu qui lui accorda quinze années supplémentaires. En 1054, le Saint fit venir son disciple le moine Nicolas, huit jours avant sa mort, et lui dicta en détail son testament spirituel, mais il n'apposa sa signature que le jour même de son repos: le 8 novembre. Il fut enseveli près de la colonne, grâce à laquelle il avait fait monter son âme vers le Ciel avant même sa séparation du corps.