LE 7 SEPTEMBRE, SAINTE GRIMONIE, VIERGE ET MARTYRE

AAALe diocèse de Laon célèbre le 7 septembre la fête de Sainte Grimonie, Vierge et Martyre. D'après les traditions locales, et les plus anciennes histoires de la Sainte souvent réimprimées, et confirmées par les leçons mêmes de son ancien Office, Grimonie, née en Hibernie (Irlande), était fille du roi du pays. Sa famille était encore attachée au culte des idoles, par une grâce toute spéciale, Grimonie eut le bonheur d'être instruite des vérités du Christianisme et fut baptisée à l’âge de douze ans, à l'insu de ses parents. Elle se sentit dès ce moment décidée à servir uniquement N.-S.-J.-C. et à lui consacrer sa virginité. Elle employait le plus de temps qu'elle pouvait à la prière et à la méditation, et s'exerçait aux jeûnes et à toutes sortes de mortifications.
AAAQuand elle fut en âge d'être mariée, son père voulait l'unir à un des plus nobles et des plus riches gentilhommes, du pays et déjà il faisait faire les préparatifs de la cérémonie, lorsque on vint lui annoncer que la jeune fille n'était plus dans son appartement et que sans doute elle avait pris la fuite. Après bien des recherches, on la trouva à genoux dans un lieu solitaire et on la ramena à la maison paternelle
— « Pourquoi avez-vous fui », lui demanda le père irrité,
— « C'est que j'ai choisi un autre époux Jésus-Christ mon Sauveur et mon Dieu ; je L'aime de tout mon cœur et je veux Lui rester fidèle jusqu'à la mort. »
AAAA ces mots le père entre en fureur et ordonne qu'on l’enferme dans une prison obscure pour expier l'injure qu'elle faisait à lui-même, à son fiancé et à ses dieux. Cette prison fut pour la jeune vierge comme un temple où elle passait ses journées à prier, toute disposée à souffrir toutes sortes de tourments pour témoigner à son Dieu sa fidélité. Ce fut inutilement que sa mère vint la supplier d'obéir à la volonté de son père. Le Seigneur ne devait pas délaisser cette fidèle épouse ; Il envoya un de Ses Anges pour la délivrer, qui lui dit :
— « Levez-vous Grimonie , les portes de votre cachot sont ouvertes, sortez au plus vite et dirigez-vous yers la mer. »
AAALa vierge s'enfuit en effet, sous la conduite et la protection de Dieu ; elle trouva un navire tout prêt à mettre à la voile, elle y monta et le vaisseau partit. Pendant la traversée, il s'éleva une furieuse tempête et l'on croyait le naufrage inévitable, lorsque Grimonie se jeta à genoux ; levant alors les yeux et les bras vers le ciel, elle conjura le Seigneur d'avoir pitié de tout l'équipage. Sa prière fut exaucée, les flots s'apaisèrent et le vaisseau pu débarquer la jeune vierge dans la Gaule-Belgique1, où l'empereur Valentinien protégeait les Catholiques. Tout le désir de Grimonie était de passer le reste de sa vie dans la solitude, et de renoncer à tout commerce avec les hommes. Dans ce dessein, elle s'enfonça dans les forêts de la Thiérache (Therascia) jusqu'à un endroit nommé Dorunum (c'est aujourd'hui le bourg de la Capelle). Là toutes ses journées et une partie de ses nuits,étaient partagées entre la prière, les pieuses méditations et les exercices de la pénitence. Des racines et des fruits sauvages étaient toute sa nourriture. L’eau limpide d'un ruisseau suffisait pour la désaltérer. Dieu se plaisait à la combler de toutes sortes de consolations spirituelles. La contemplation des œuvres de la création lui causait de fréquents ravissements et lui faisait apprécier davantage le bonheur d’être soustraite aux dangers de la maison paternelle.

AAACependant les parents de Grimonie n’étaient pas restés en repos après sa fuite, ils avaient envoyé des soldats à sa recherche avec ordre de la ramener vivante ou morte. Leurs perquisitions forent longtemps sans résultat. Ils apprirent enfin qu’une jeune étrangère avait profité du départ d’un navire pour gagner le continent ; ils s’embarquèrent aussitôt et à force de courses et d'informations, ils apprirent qu’une jeune étrangère nouvellement arrivée était déjà en grande réputation de vertu, et qu'elle vivait seule au milieu de la forêt voisine.

AAALes soldats parcoururent la forêt et se trouvèrent tout à coup devant celle qu'ils cherchaient. Leur vue n'effraya pas Grimonie, mais elle se douta de leur dessein. Ils firent tous leurs efforts pour la déterminer à les accompagner, et à retourner dans leur pays où des noces splendides l'attendaient. Grimonie ne se laissa pas éblouir par leurs promesses, elle leur parla du bonheur dont elle jouissait dans cette solitude, en servant N.-S. J.-C., le divin époux de son cœur ; enfin elle protesta avec fermeté que rien au monde ne pourrait l'arracher de ces lieux. Les barbares, voyant que leurs efforts étaient inutiles et que Grimonie ne consentirait jamais à renier J.-C. pour adorer leurs dieux, se jetèrent sur elle et lui tranchèrent, la tête. Après avoir caché le corps de la Sainte sous un amas de terre, ils reprirent le chemin de l'Hibernie. On pense que ce martyre coïncide avec les premières années du IVe siècle.

Invention du corps de Sainte Grimonie.

AAAL'endroit précis où reposait le corps de Sainte Grimonie resta longtemps ignoré. Voici comment la tradition constante du pays rapporte la découverte de ce précieux trésor. Une clarté mystérieuse apparaissait de temps en temps en un certain lieu de la forêt. Un jour où elle parut encore plus brillante que de coutume, les habitants se rassemblèrent et creusèrent la terre à l’endroit même d'où partait la lumière et ils trouvèrent un corps parfaitement conservé ; ils ne doutèrent pas que ce ne fut celui de la vierge martyrisée dont leur avaient parlé leurs pères. Des miracles s'opérèrent, des malades recouvrèrent la santé en priant devant ces précieuses reliques.
La reconnaissance du peuple le porta à bâtir une petite chapelle sur son tombeau. Bientôt on y accourut de toutes parts pour implorer l'assistance de Sainte Grimonie. Des maisons s'élevèrent autour de ce sanctuaire ; et le nombre des pèlerins augmenta toujours, il se forma le village de la Capelle qui fut dans la suite érigé en bourg par le roi François 1er. Une belle église remplaça peu après l'oratire primitif et on y déposa avec honneur les Reliques de la Sainte.

AAADans une des guerres dont 1a Thiérache fut le théâtre, la Capelle fut livrée aux flammes. Quelques habitants se montrèrent plus empressés de sauver les Reliques de leur patronne, que de protéger leurs propres maisons ; ils coururent aussitôt à l'église, enlevèrent rapidement la chasse de Sainte Grimonie et la transportèrent à un village situé à quatre lieues plus loin, qui s'appelle Lesquielles, et où l'on conservait déjà des Reliques de Sainte Preuve. Lesquielles était alors un poste important et qui avait un château fort. Son église, dédiée à Saint Jean-Baptiste, était desservie par douze Prêtres.

AAALes guerres incessantes entre les seigneurs de ces contrées obligèrent les habitants à cacher dans la terre leur précieux trésor. II y resta longtemps, jusqu'à ce qu'il plût à la bonté divine de réveiller la foi et la confiance des fidèles par de nombreux miracles opérés par l'invocation de Sainte Grimonie et de Sainte Preuve. Anselme de Magny, qui occupa le siége épiscopal romain de Laon de 1215 à 1238, voulut vérifier par lui-même ce qui se passait à Lesquielles ; il s'y transporta le 7 septembre 1231, leva de terre les corps des deux Saintes, en fit la vérification en présence de témoins et les exposa à la vénération des fidèles. On possède encore l'original du procès-verbal d'Anselme, et parmi les signatures se trouve celle d'un nommé Jean Lequeux, un des échevins du pays.

AAAUne nouvelle reconnaissance et exposition des Reliques eurent lieu le mardi de la Pentecôte de l'année 1389 par Philippe de Grumelly, doyen de la chrétienté de Guise et curé de Lesquielles.

AAAEn 1535, les Reliques de Sainte Grimonie et de Sainte Preuve furent, avec l'autorisation de l’évêque romain de Laon, Louis Bourbon de Vendôme, mises dans de nouvelles châsses par Pierre Albain, abbé du monastère de Bohéries.

AAAPendant la guerre de François 1er avec les impériaux, le prieuré de Lesquielles fut livré aux flammes par le comte de Nassau ,et Adrien de Croï comte de Rœux et gouverneur des Flandres et de l'Artois.

AAACe dernier s'empara des Reliques de Sainte Grimonie et de Sainte Preuve, les fit vérifier par Baudouin de Mol, abbé de Bohéries, et en fit présent en 1540 aux chanoines réguliers de Saint-Augustin de l'abbaye de Notre-Dame de Hénin-Liétard au diocèse romain d'Arras. Elles y sont restées enveloppées séparément et scellées dans des morceaux de soie jusqu'en 1638, époque où Robert de Mallebranche, abbé du monastère, en fit faire la reconnaissance, et retrouva tons les anciens procès verbaux qui en constataient l’authenticité. En 1639 il déposa les Saintes Reliques dans quatre chasses.
En 1748 ,l’abbé de Hénin-Liétard, nommé Dujardin, ouvrit les chasses avec, l'autorisation de Monseigneur Baglion de la Salle, Evêque romain d’Arras, et en retira une Sainte Relique de Sainte Grimonie et une autre Sainte Relique de Sainte Preuve, les mit dans deux boîtes scellées et cachetées pour être présentées à l'évêque romain de Laon, qui les fit rendre à l'église de Lesquielles. La reconnaissance en fut faite par l'autorité épiscopale romaine en 1749. Au commencement de la Révolution française, des personnes pieuses et intelligentes, prévoyant la profanation dont ces Saintes Reliques pourraient être l'objet, retirèrent secrètement de la châsse les procès-verbaux et les Saintes Reliques, après leur avoir substitué des ossements communs. Lorsqu'en 1795, le libre exercice de tous les cultes eut été proclamé par le gouvernement républicain, les habitants de Lesquielles firent construire deux châsses, et le 30 avril de la même année, les vraies Reliques de Sainte Grimonie et de Sainte Preuve y furent déposées.

AAALe 24 avril 1803, Monseigneur Leblanc de Beaulieu les vérifia et en reconnut l'authenticité. On rapporte que plusieurs guérisons ont été récemment obtenues par l'invocation de ces Saintes Vierges Martyres. Trois Fêtes solennelles sont célébrées chaque année à Lesquielles, le 20 avril, anniversaire du Martyre ; le mardi de la Pentecôte, jour de la translation de ses Reliques de la Capelle à Lesquielles ; la troisième, le 7 septembre, en mémoire de l'élévation de son corps par l'Evêque romain Anselme.
La portion des Reliques des deux Saintes qui étaient restées en 1748 en la possession de l'abbaye de Henin-Liétard ont été également sauvées de la profanation, à l'époque de la Révolution française ; depuis la restauration du culte et encore aujourd'hui (1867), elles reposent dans deux beaux re1iquaires, placés sous le Maître-Autel de l'église paroissiale romaine de Henin-Liétard (Nord).

Provenance de la Relique de 8ainte Grimonie qui est conservée à l’église de Saint Martin de Laon, et de celle qui est honorée à la Capelle.

AAACes deux portions de Reliques ont une même origine. Dans la distribution des Saintes Reliques de Sainte Grimonie et de Sainte Preuve, que fit en 1748 le R. P. Desjardins, abbé du Monastère de Hénin-Liétard, il en offrit une portion à l'évêque romain d'Arras. Or, en 1749, ledit Seigneur évêque était en même temps abbé commandataire de l'abbaye de St Vincent de Laon. Sur les instances des religieux, le prélat consentit à leur faire présent d'un Tibia de Sainte Preuve et d'un Peroné de Sainte Grimonie.
AAAEn 1755, les moines à leur tour consentirent à se dessaisir d'une partie de ce Péroné, en faveur de la Capelle. La portion du Péroné de Sainte Grimonie qu'avaient gardée les moines de St Vincent appartient aujourd'hui 1867, à St Martin de Laon. Cette Sainte Relique est enveloppée dans un parchemin double qui n'est autre que l'authentique donné par Mgr de Rochechouart, évêque romain de Laon de 1741 à 1777. La pièce est datée de 1750
L'autre portion du Péroné donnée en 1755 à la Capelle, a été en 1793 sauvée de la profanation révolutionnaire, puis reconnue et vérifiée en 1804 par M. Roger curé-doyen de la Capelle, et depuis par Mgr. Leblanc de Beaulieu. Le pèlerinage de la Capelle est assez fréquenté. On invoque Sainte Grimonie pour la vue. La fontaine de la Sainte existe encore, et la chapelle qui la recouvre en partie a été reconstruite en 1854.

Soissons, le 18 janvier 1867. Henri CONGNET, Doyen du chapître.
Tiré de “Vies des Saints » Les Petits Bollandistes, 6e édition, tome 9, 1870