Le 7 août, mémoire de Saint VICTRICE, Evêque de ROUEN.

Saint Victrice naquit vers 330 dans la région de l'Escaut. Servant dans l'année romaine, il voulut démissionner pour se mettre au service du Christ. Et un jour, alors que les troupes étaient rassemblées, il sortit des rangs et demanda au tribun à être dégagé de ses obligations. Saisi d'une violente colère, l'officier le fit aussitôt fouetter et jeter en prison. Son cas ayant été transféré devant le comte, il fut condamné à mort, pour éviter toute autre défection. Mais tandis qu'il était conduit au supplice, le bourreau qui s'était permis un acte d'insolence à son égard, fut frappé de cécité et se convertit. Ayant ainsi acquis la liberté, Victrice se fit nouvel apôtre et il alla évangéliser le pays des Morins et des Nerviens (du Boulonnais à la Flandre, jusqu'au Hainaut). Les progrès du Christianisme y avait été jusqu'alors peu sensibles, mais, ensemencée par la prédication ardente du Saint, cette terre inculte, peuplée de barbares et de brigands, devint bientôt un jardin florissant où abondaient moines, vierges consacrées et pieuses familles chrétiennes. Vers 386, il fut consacré Evêque de Rouen, ville auparavant insignifiante qui devint sous l'épiscopat de Victrice une nouvelle Jérusalem, où résonnaient partout les hymnes sacrées.

Il se lia d'une étroite amitié spirituelle avec Saint Martin de Tours (cf. 11 nov.), et les deux Saints travaillèrent ensemble à la prédication, à l'édification de l'Église du Christ et à la fondation de paroisses dans les campagnes. Quand Saint Paulin de Nole (cf. 22 juin), encore catéchumène et tourmenté par les soucis du siècle, vint consulter Martin à Vienne, il trouva saint Victrice en sa compagnie et devint par la suite un fervent admirateur de ses vertus. Un jour, alors que les deux Saints étaient à Chartres, un homme présenta à Saint Martin sa fille, muette de naissance, pour qu'il la guérisse. Martin le renvoya à Victrice et à un autre Evêque, nommé Valentinien, disant qu'ils étaient plus puissants que lui. Mais ces derniers se joignant à l'homme retournèrent vers Martin qui finalement redonna lui-même la santé à la fillette.

Après s'être rendu en Grande-Bretagne pour y apaiser un trouble survenu entre les Evêques, lors de son retour à Rouen, Saint Victrice eut la joie insigne de recevoir de Milan des Reliques des Saints qui avaient été découvertes par Saint Ambroise (cf. 7 déc.). Leur translation solennelle dans l'église qu'il avait fait bâtir en leur honneur, fut empreinte d'une telle majesté qu'on croyait que Dieu Lui-même était venu visiter son peuple avec le cortège de ses Saints. Victrice prononça à cette occasion un admirable discours, disant de lui-même: « Vous voyez devant vous un soldat éprouvé par les années et vieilli dans les combats, endurci à la fatigue et aux veilles, qui n'estime la vie présente que par ses rapports avec l'éternité et qui ne se croit jamais plus riche que lorsqu'il a les mains chargées des Reliques des Saints... Leurs demeures sont dans le ciel; mais ils sont ici comme des hôtes à qui nous pouvons adresser nos prières...».Après un voyage à Rome, entrepris pour se justifier auprès du Pape d'accusations calomnieuses sur sa foi en la Sainte Trinité (403), le Saint prélat regagna son Église et il y finit ses jours entouré de l'amour et de l'admiration du peuple (407-410).