Le 22 juillet, mémoire de notre vénérable Père WANDRILLE, Abbé de FONTENELLE.

Né dans la région de Verdun, à la fin du Vle siècle, au sein d'une famille apparentée au maire du palais, Pépin d'Héristal, père de Charles Martel, Saint Wandrille entra jeune à la cour du roi Dagobert 1er, qui lui accorda le titre de comte et lui confia l'administration des domaines royaux. Il remplissait son office avec loyauté, mais sa préférence le portait à mener une vie consacrée à Dieu. Il s'était d'ailleurs lié d'amitié spirituelle avec d'autres dignitaires, comme Didier le trésorier et Dadon le chancelier, qui menaient une vie de mortification à la cour. Marié par obéissance à ses parents, Wandrille se mit d'accord avec son épouse pour garder la virginité et se retirer l'un et l'autre dans un Monastère.

Il se retira donc dans une de ses propriétés de Lorraine, appelée Montfaucon, auprès du Saint ermite Baldric. Informé de sa défection, le roi Dagobert convoqua Wandrille, qui apparut au palais dans son vêtement d'ascète, mais rayonnant d'un éclat céleste, et obtint du roi son autorisation de quitter le monde. Il se rendit alors dans le Jura, pour y restaurer l'ermitage fondé par Saint Ursanne. Suivant la tradition des Moines irlandais et de Saint Colomban (cf 21 nov.), il menait une vie extrêmement mortifiée, passait presque toutes ses nuits sans sommeil, pieds nus, en récitant des Psaumes; et quand les tentations l'oppressaient, il allait se jeter dans un étang glacé. Désireux d'assimiler plus complètement l'héritage de Saint Colomban, il se rendit au monastère de Bobbio, fondé par ce dernier en Italie, et s'y perfectionna dans l'expérience de la vie communautaire. De retour en Gaule, il s'arrêta au monastère de Romainmoutier (cf. 28 fév.), qui avait été restauré par des disciples de Saint Colomban, et y vécut une dizaine d'années.

Averti par un Ange de la mission qu'il devait entreprendre pour le salut de beaucoup d'âmes, il quitta le Jura pour la Neustrie. À Rouen, il retrouva son ami Dadon, devenu Evêque sous le nom de Ouen (cf. 24 août), et fut ordonné par lui Diacre. Après avoir reçu la Prêtrise des mains de Saint Omer, Evêque de Thérouanne(1), il seconda Saint Ouen dans l'évangélisation de son diocèse. Après quelques années (649), le coeur toujours altéré de l'entretien avec Dieu dans la solitude, il obtint l'autorisation de son Evêque pour s'installer dans le vallon marécageux de Fontenelle, dans la forêt de Jumièges, acquis par son neveu Gond qui avait décidé de renoncer au monde. S'appliquant avec un zèle infatigable à défricher l'endroit, Wandrille et les disciples de plus en plus nombreux qui s'étaient rassemblés autour de lui, y édifièrent quatre églises et des cellules. Montrant l'exemple dans les travaux manuels, le Saint était le premier pour la prière, et il enseignait ses moines à se tendre toujours en avant vers la perfection, disant: « Nous ne devons pas compter les années que nous avons passées au monastère, mais plutôt celles que nous avons passées dans la pratique irréprochable des commandements divins. Que la charité fraternelle soit votre lien et mettez-vous au service les uns des autres. Votre adversaire, le diable, en vous voyant unis de la sorte, s'enfuira bien loin, car il ne peut approcher de celui qu'il voit uni d'esprit et de coeur avec ceux qui l'entourent. » Wandrille ne quittait le monastère que pour prêcher aux païens de la région, ou pour aller fonder d'autres monastères, au nombre de cinq, organisés comme Fontenelle en harmonisant la tradition irlandaise de Saint Colomban et la règle de saint Benoît qui commençait à se répandre en France.

Ayant gouverné son monastère pendant dix-neuf ans, Saint Wandrille, qui se lamentait de rester en exil sur la terre, tomba malade et entra dans une extase de trois jours, pendant laquelle il vit la porte des cieux ouverte et le trône de gloire qui lui était préparé. Revenu de ce ravissement, il exhorta ses disciples à la charité mutuelle, désigna son successeur et souriant aux Anges et aux Saints qui étaient venus l'accueillir, il s'endormit en paix, le 22 juillet 668, en présence de Saint Ouen et de ses trois cents disciples.

1). Cf 9 sept. dans I'Appendice 2.