Le 31 juillet, mémoire de notre Saint Père GERMAIN, Evêque d'AUXERRE1

Notre glorieux Père Germain, le plus illustre des Saints Evêques de Gaule après Saint Martin, naquit vers 378 au sein d'une riche et puissante famille d'Auxerre. Il reçut une excellente éducation, d'abord en Gaule puis à Rome, où il se perfectionna dans la science du droit et devint avocat. Après avoir épousé là une personne vertueuse et de condition élevée, il rentra en Gaule et accéda à de hautes charges dans le gouvernement de la province. L'Evêque d'Auxerre, Amator, étant décédé, la volonté divine s'exprima aussitôt par la voix unanime du peuple, et Germain dut accepter, contraint et forcé, la charge épiscopale (418). Abandonnant le service du monde pour se charger de celui du ciel, il changea du tout au tout son genre de vie: foulant aux pieds les vanités du siècle, il distribua sa fortune aux pauvres, vécut désormais comme frère et soeur avec sa femme, et embrassa un mode de vie ascétique, en prenant l'humilité pour compagne. Il s'imposait de telles austérités que, jusqu'à la fin de ses jours, sa vie ne fut plus qu'un long Martyre non-sanglant. Ayant renoncé à tous les délices de la table, il goûtait de la cendre avant de prendre son pain d'orge, le soir venu, souvent une fois par semaine seulement. En toute saison il était revêtu d'un capuchon et d'une tunique, qu'il ne changeait que lorsqu'ils tombaient en lambeaux. Il portait, à même la peau, un grossier cilice et, suspendu au cou, un petit sachet contenant des Reliques de Saints, qui opérèrent plus d'un miracle. Il couchait, tout habillé et sans enlever ses chaussures, sur un misérable grabat rempli de cendres; et, s'étant relevé après un court repos, il passait la nuit en gémissements continuels. Menant ainsi au milieu du monde une vie d'ascèse et de solitude, tout tendu vers Dieu, il n'en oubliait pas cependant les devoirs de l'hospitalité et ouvrait sa demeure à tous, lavant les pieds de ses hôtes et les servant à table, à l'imitation du Seigneur. Dès le début de son épiscopat, il fonda, en face de la cité, sur la rive droite de l'Yonne, un Monastère dédié aux Saints Côme et Damien, et il partageait son temps entre la prière avec les moines et l'instruction du Clergé et du peuple dans la cathédrale.

La charité du Christ, croissant en lui par ses valeureux combats, débordait en effet sur son peuple en flots de miséricorde et d'actions miraculeuses. C'est ainsi qu'il permit à un agent du fisc de retrouver l'argent qu'il avait égaré et dont un possédé s'était emparé. Il guérit, avec de l'huile qu'il avait bénite, les enfants de la ville victimes d'une épidémie de diphtérie, il délivra également nombre de possédés, et se montrait pour tous l'intendant de la miséricorde divine.

En ce temps-là, l'hérésie pélagienne, qui s'était propagée de Rome dans tout l'Occident, avait trouvé un terrain particulièrement favorable en Grande-Bretagne, patrie de Pélage. Les Orthodoxes de ce pays envoyèrent alors une députation auprès des Evêques de Gaule qui, s'étant rassemblés en Concile (429), désignèrent Saint Germain et Saint Loup de Troyes (cf. 29 juil.) pour aller lutter contre cette hérésie qui prétendait que l'homme, doté par Dieu du libre arbitre, peut pratiquer la vertu et atteindre le bien sans l'aide de la Grâce2.

Descendant la Seine, les deux Evêques s'arrêtèrent un soir au village de Nanterre. On présenta à Saint Germain une petite fille, Sainte Geneviève, qu'il bénit et éveilla à la vie religieuse (cf. 3 janv.). Pendant la traversée de la Manche, Germain apaisa une tempête suscitée par les démons, en invectivant, comme le Christ, les flots déchaînés et en versant sur eux un peu d'huile. Les deux Evêques, accueillis chaleureusement par une grande foule ne tardèrent pas à montrer la supériorité de la vraie foi, tant par leur enseignement que par leurs miracles. Les fidèles étaient affermis et les égarés se convertissaient en grand nombre, si bien que tout le pays se trouva bientôt prêt à retrouver l'unanimité de la foi. Effrayés par la fougue des prédicateurs, les hérétiques se cachèrent, jusqu'au jour où ils décidèrent d'engager une controverse publique, après s'être assurés l'assistance de multiples adeptes. Ayant laissé à leurs adversaires la possibilité de débiter leurs creux discours, les bienheureux prélats répandirent ensuite la parole évangélique, puissante comme le tonnerre, à laquelle les hérétiques se montrèrent incapables de répondre. La foule, saluant à grands cris la victoire des Evêques, voulut en venir aux mains contre les imposteurs, et c'est avec peine que les deux Saints la retinrent. Cette victoire fut confirmée par la guérison d'une fillette aveugle, que Germain obtint en appliquant sur ses yeux le Reliquaire qu'il portait toujours sur lui. Dès lors, le peuple accueillit avec un désir avide l'enseignement orthodoxe; et la paix de l'Église se trouvant assurée, les deux Evêques allèrent rendre grâce auprès du tombeau du Saint Martyr Alban (cf. 22 juin), en l'honneur duquel Saint Germain consacra une basilique lors de son retour à Auxerre. Ce pèlerinage accompli, le Saint se cassa le pied, et il gisait alité quand un incendie se déclara autour de son logis. Alors que la foule affolée essayait de parvenir jusqu'à lui, il ne permit pas qu'on le transportât, et la flamme, passant au-dessus de sa demeure, la laissa intacte mais détruisit tous les bâtiments alentours. Ayant été guéri à la suite de l'apparition d'un Ange vêtu de blanc, Germain reprit son voyage vers la Gaule. Sur ces entrefaites, les Saxons et les Pictes coalisés s'attaquèrent aux Bretons. Effrayés, ceux-ci eurent recours aux deux Saints Evêques qui, dès leur arrivée dans le camp, rendirent courage aux soldats, comme s'il s'agissait de renforts considérables. Ils les instruisirent pendant le Carême, et, ayant installé une église de branchages, ils baptisèrent un grand nombre d'entre eux le jour de Pâques. On annonça alors l'arrivée des ennemis. Aussitôt les néophytes abandonnèrent leurs tuniques baptismales pour prendre les armes et Germain, prenant le commandement, leur conseilla de s'embusquer dans une vallée encaissée. Quand les attaquants s'y engagèrent, les deux Evêques lancèrent, tel un cri de guerre, un triple "Alléluia", qui, repris par toute l'armée comme le grondement du tonnerre, mit en fuite les adversaires, et beaucoup d'entre eux périrent dans la débandade. Après avoir ainsi remporté d'éclatantes victoires sur les ennemis visibles et invisibles, la paix et la sécurité étant revenues sur la grande île, les deux Saints regagnèrent leur pays.

Dès son retour à Auxerre, Saint Germain reprit ses activités pastorales, assisté par la grâce de Dieu. Ses citoyens, accablés d'un impôt supplémentaire, eurent alors recours à lui comme des enfants à leur père. Compatissant à leur peine, il entreprit un voyage à Arles, le siège de la préfecture des Gaules, pour obtenir un allégement des charges. Parcourant la Gaule avec une petite escorte et une modeste monture, mais portant le Christ dans son coeur, il répandait sur son passage miracles et signes patents de la miséricorde divine. Bien qu'il essayât de passer inaperçu, les habitants de tous les bourgs et cités, attirés par sa renommée, accouraient à lui, avec leurs malades, leurs femmes et leurs enfants, pour solliciter sa bénédiction et s'abreuver de ses paroles inspirées.

Reçu à Arles comme le digne successeur des Apôtres, il fut l'hôte de son ami Saint Hilaire (cf. 5 mai), qui était souvent venu lui rendre visite pour traiter avec lui des affaires ecclésiastiques de la Gaule. Le préfet Auxiliaris, subjugué par le Saint, lui montra une particulière déférence, et à la suite de la guérison de sa femme, depuis longtemps minée par une fièvre, il lui accorda de bon gré l'exonération fiscale qu'il réclamait pour les habitants d'Auxerre et le couvrit de cadeaux.

Après une nouvelle mission en Angleterre (440), pour lutter contre une résurgence de l'hérésie pélagienne, Saint Germain rentra à Auxerre, où arriva bientôt une délégation venue d'Armorique (Bretagne) sollicitant son aide, car le patrice Aetius, qui gouvernait l'Empire, avait demandé au farouche Goar, roi des Alains — les barbares fédérés qu'on avait installés dans l'Orléanais — de châtier dans un bain de sang leur rébellion3. Se mettant en route en grande hâte, le vieil Evêque se rendit au devant de Goar. Il lui adressa d'abord une supplique par l'entremise d'un interprète et, comme ce dernier voulait le repousser, Germain saisit la bride de son cheval, arrêtant ainsi le chef et toute son armée qui se pressait derrière lui. Au lieu de s'irriter, Goar fut saisi d'admiration, il écouta sa requête et ordonna à ses troupes de se retirer. Germain dut néanmoins se mettre immédiatement en route pour Ravenne, capitale de l'Empire d'Occident, afin d'obtenir de l'empereur Valentinien III et du patrice Aetius la confirmation de cette grâce provisoirement accordée par Goar.

Faisant halte à Alésia, chez son ami le prêtre Sénator, il guérit une jeune fille muette, puis il fit de touchants adieux à son ami, sachant qu'il ne reviendrait pas vivant de ce voyage. Il franchit les Alpes en transportant sur son dos le fardeau d'un voyageur, boiteux et âgé, qu'il avait rencontré, puis il prit l'homme sur ses épaules pour lui faire passer un ravin. Répandant aumônes et actions d'éclats sur son passage, le saint parvint à Ravenne où, sa glorieuse réputation l'ayant précédé, il fut accueilli avec honneurs par l'Evêque, Saint Pierre Chrysologue4. L'impératrice Galla Placidia lui fit parvenir un grand vase d'argent, plein de mets raffinés que Germain partagea entre ses serviteurs. Il garda le vase pour en distribuer le prix aux pauvres et renvoya à la souveraine un petit plat de bois contenant un pain d'orge, qui accomplit par la suite de nombreuses guérisons. Passant un jour devant une prison remplie de condamnés à mort, le Saint, pris de pitié, se prosterna à terre et invoqua le Seigneur. Les verrous et les barres de fer se brisèrent aussitôt, et les prisonniers sortirent en brandissant leurs chaînes et entrèrent en liesse dans l'église pour rendre grâces à Dieu. Les guérisons accomplies par Saint Germain laissaient toute la ville dans l'admiration, et il aurait certainement obtenu de l'empereur l'amnistie générale pour l'Armorique si une nouvelle insurrection n'avait provoqué la colère du souverain et rendu inutile la démarche du Saint Evêque. Peu après, saint Gennain révéla aux six Evêques qui s'entretenaient avec lui après l'Office du matin, que le Seigneur lui était apparu durant la nuit pour lui annoncer son prochain départ pour sa véritable "Patrie". Il tomba malade et, à l'impératrice qui était venue à son chevet, il demanda que son corps soit rendu à Auxerre. Pendant sept jours, la foule se pressa dans sa demeure pour recevoir sa dernière bénédiction, et le septième jour, son âme bienheureuse fut transportée aux cieux (31 juillet 448).

L'empereur, l'Evêque et les dignitaires se partagèrent ce qui lui avait appartenu, et un immense cortège, dont la multitude des flambeaux dérobait au soleil son éclat, se forma pour escorter son corps vénérable jusqu'en Gaule. Parvenu à Auxerre le 22 septembre, il fut enseveli dans la basilique située hors des murs, qui prit ensuite le nom du Saint. Le culte de Saint Germain se répandit largement en Gaule et en Grande-Bretagne, où un grand nombre d'églises et de villages portent aujourd'hui encore son nom.

1. Sa Vie a été composée par Constance, Prêtre de Lyon, une trentaine d'années après sa mort (SC 112).
2. Il est probable que le Diacre Palladius, qui allait bientôt être consacré Evêque pour évangéliser l'Irlande, servit d'intermédiaire entre l'Evêque de Rome et les Evêques gaulois. St Patrick, qui avait été ordonné Prêtre par Armator, vécut un certain temps dans le monastère de St Germain et fut ordonné par lui Evêque, puis il partit remplacer Palladius en Irlande (cf. 17 mars). Certains ont émis l'hypothèse qu'il aurait accompagné St Germain dans cette mission, pour lui servir d'interprète.
3. Les insurrections de paysans et de petites gens, écrasés par les misères de ces temps d'invasions, tournaient en la formation de bandes de brigands vivant de pillages: la Bagaude. L'autorité romaine devait souvent faire appel à des armées de fédérés barbares pour en venir à bout. Mais ces derniers, ne pouvant être contrôlés, se montraient cruels envers la Population et avides de nouvelles possessions.
4. Commémoré le 4 déc. dans l'Eglise latine.